vendredi 28 mai 2021

LE PINCEAU de Mélissa Touzet

Travail de rédaction réalisé en classe de 4e par ma fille aînée, dont l'objectif était d'écrire une nouvelle fantastique et publié dans la Gazette de Chaource Coin-Coin de mai 2021.



LE PINCEAU

de Mélissa Touzet


Visualisez une grande table ovale. Autour, on peut y trouver des meubles en bois de chêne, décorés de gravures semblables à des feuilles de lierre. Chandails, verreries ou photos de famille y sont placés. Les murs sont couverts de papier-peints dorés, lavande ou bordeaux. Au plafond, un lustre est accroché, décoré de pierreries  fausse j’imagine – donnant au salon une éclatante lumière, pleine de douceur. Sur la table est posée une quinzaine de plats dans lesquels sont disposées des milliers de pommes de terre, poissons, fruits confits, chocolats. Il y a aussi toute une rangée d’assiette de porcelaine, de couverts en argent, de verres à pieds en cristal.

J’ai été convié, comme toujours, au célèbre dîner de famille. En effet, autour de cette table, se trouvaient des mères, des pères, des filles, des fils, des cousins, des cousines de tous liens qui viennent pour parler politique, argent et haute classe. Il y avait aussi des amis, des partenaires et des chefs d’entreprise venant raconter leurs affaires et les routes de l’or.

Or, il faut le dire, tout cela m’ennuyait. Mes parents, il y avait une dizaine d’année avaient réussi dans leur usine de train à vapeur. Depuis, ils profitaient de toutes ces choses, comme s’ils faisaient partie de la haute société ; alors qu’ils pourraient se contenter de moins. Ils invitaient un nombre infini de gens, pour ne parler que de cela.

Mon père, en, essuyant de sa bouche les restes de truite, déclara :

« Et il n’y a pas plus de deux mois que j’ai acheté les chemins de fer de... Oh... Je ne me souviens plus s’il s’agit de ceux de Troyes ou de Saint-André ! »

Les invités rirent coquettement et continuèrent de dîner en se racontant quelques galanteries.

Je fus pris par l’envie de parler d’amour :

« Savez-vous que mon amie d’enfance, Louise, va se marier ? Voilà de nombreuses années qu’ils...

Oui ! Je l’ai appris ce tantôt. Elle se marie avec un certain Ragenneau ? Je crois avoir entendu dire qu’il avait fait faillite ! »

La femme âgée se tut. Une de ses amies continua :

« Ce bon vieux Charles ! Il a perdu une grande somme dans la direction ! »

Une autre ajouta :

« Tout à fait ! Et en plus, cette pauvre enfant, la connaissant, n’a pas grand dote à lui donner ! »

Elles rirent de plus belle. Ces aigres paroles m’indignèrent. Toutefois, je me retins de répondre.

« Et vous, mon cher, vous travaillez dans quel domaine ? »

Un ami de mon père me fixait en attendant une réponse, je finis par déclarer :

« Euh... Le mot travailler est un peu fort. Disons que j’aime peindre à mes heures perdues.

Quelle genre de peinture ? intervint l’homme à son côté.

Plutôt baroque. J’apprécie la couleur vive sur mes toiles. Je peins des natures mortes ou des paysages selon... »

Une jeune femme parée de milles bijoux, me coupa aussitôt la parole :

« Je connais un peintre qui crée de magnifiques natures mortes ! Comment s’appelle-t-il déjà ? »

Mon père ne trouva que cela comme réponse :

« Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas mon fils que vous recherchez ! »

Toute la tablée se mit à rire fort et bêtement. Ils en devinrent écarlates.

Je me levai promptement, tout d’abord, puis je remis mon veston et mon haut de forme. Avant de m’en aller, je leur dis :

« Je dois partir, pour prendre l’air, je reviens dans cinq minutes. » 

Ils ne prirent pas la peine de me répondre, trop occupés à rire. Je sortis rapidement. Je fermai la porte et m’assis sur les marches du palier.

À quoi tout ceci rimait-il ? Voilà des années que je participais à tous ces dîners ! Mêmes discussions, mêmes plats et même grossièreté envers moi et mon bon entourage. Je me sentis oppressé, enfermé dans cette sorte de cage. Je suis bien prisonnier de toute cette bourgeoisie !

Je levai la tête, à côté de moi se trouvait un petit garçon. Il était roux, ses cheveux étaient en bataille. Il portait un pull en laine bleu marine et un pantalon, déchiré au niveau des chevilles. Il me regardait curieusement.

« Avez-vous un problème monsieur ? »

Je le regardai un instant, cherchant quelque chose à lui répondre. Je finis par déclarer :

« Non, ça va bonhomme ! Et toi, tu es perdu ?

Plus maintenant. En fait, je crois que c’est vous qui l’êtes. Mais sachez que parfois, pour trouver son chemin, il suffit d’en emprunter un autre...

Quoi ? Je n’ai pas... »

Le petit garçon tourna les talons et s’éloigna sans dire un mot de plus.

À ce moment là, je compris enfin ce qu’il avait voulu me dire. Je me levais, regardait une dernière fois la maison de mes parents, et je partis.

Je m’installais dans le compartiment de 2ème classe d’un train ; et je m’en allais, sans bagages, vers la campagne.

Je fouillais dans mon sac à la recherche d’un ticket quand je retrouvais mon pinceau ! Celui avec lequel ma première œuvre était née ! Cela ne pouvait pas me faire plus plaisir !

Je pris le temps de contempler son manche, bleu presque noir en bois fin. Je caressai ensuite ses poils de couleur carotte qui ornaient sa tête.

Il me rappelle quelque chose... Ou quelqu’un... Je dois rêver ! Après tout, ce n’est que mon pinceau !

 

FIN

 

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